Lyon (France) - Mardi 14 septembre 2010
Il y a quelques années, Sos Racisme organisait une opération de testing dans plusieurs boîtes de nuit de Lyon. Le résultat était édifiant. Les patrons des discothèques ont alors actionné leurs réseaux et toute l'enquête passa aux oubliettes. A les écouter, ce n'était pas leur fait si les entrées étaient refusées mais une simple incompréhension. Aujourd'hui, la nuit lyonnaise suit son cours et tous les soirs il faut souvent montrer "pattes blanches" pour avoir accès. Existe-il réellement une discrimination à l'accès aux discothèques à Lyon.
Nous avons mené une petite enquête. Les premières réflexions que nous avons eues ne sont pas à l'avantage de la capitale des Gaules. En effet, selon la plupart de nos interlocuteurs, à la différence de Paris ou Marseille, Lyon donne le sentiment d'être une ville où il faut appartenir un réseau pour pouvoir s'amuser et surtout correspondre à certaines normes. Lyon est donc assez mal notée.
Ainsi nous avons rencontré Ahmed qui sans détour nous déclare "Moi je ne sors plus en dehors du ghetto (quartier de la Guillotière ndlr) car ailleurs ce n'est même pas la peine". Nous lui avons demandé alors si le problème ne venait pas de lui, au sens où il ne correspondait pas aux critères. Ahmed s'est alors un peu énervé puis maniant l'ironie "mon cher, j'ai tout essayé mais la seule chose que je ne peux changer chez moi c'est ma couleur !". Il rajoute tout de même : "pour ne pas avoir de souci, il faut être soit un footballeur, soit un rappeur connu ou éventuellement une fille bien accompagnée". Terrible en 2010 d'arriver à une conclusion aussi cinglante alors qu'il y a quelques années la lutte contre les discriminations semblait être un leitmotiv des politiques publiques.
Après Ahmed, c'est Sarah qui nous tient des propos plus nuancés car elle sort souvent et ne semble pas vivre la même exclusion que les autres : "j'ai rarement été refusée à l'entrée d'une discothèque car je sors souvent avec des copines et il faut reconnaître qu'un beau sourire cela aide mais une fois j'étais avec un copine noire et nous nous sommes faites refuser soit disant parce que nous n'étions pas des habituées" et elle rajoute "à ce moment, là c'est la grosse déception pour nous qui sommes nées en France et avons utilisé les mêmes bancs qu'eux". Ceux qui ont un peu voyagé caractérise Lyon comme une ville à la mentalité bourgeoise de province avec des propriétaires de discothèques qui ne veulent pas bousculer les habitudes, s'ouvrir l'esprit à la tolérance et vivent avec des préjugés causes de nombreux amalgames, des ignorants de l'interculturalité en quelque sorte.
Et du côtés des accusés !
Selon les "videurs" car il nous a été difficile de rencontrer les gérants, "l'action de refuser l'entrée à un "frère" est très désagréable. Souvent nous essayons d'insister auprès de la direction mais nous nous calmons vite car nous pouvons risquer notre place et puis ce qui est injuste c'est que lorsqu'il y a une action en justice, nous sommes en première ligne".
Au regard de nos différentes rencontres sur le terrain, il s'avère donc problématique de sortir à Lyon sans avoir la crainte de se faire "refouler" lorsque l'on est non Blanc. Au moment où l'Europe insiste sur le dialogue interculturel, le monde de la nuit lyonnaise aurait intérêt réfléchir.
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